Les Histoires de Cérédys

10. Revenir à des moutons égarés

 

Il y a quelques chapitres déjà, nous avions laissé des pensionnaires sous les tables du réfectoire dans un état de panique avancé, en compagnie de l'Orquidé dangereusement armé des os de poulets qui lui étaient tombés entre les mains. Après la sortie successive de Vampirello et de la liche, les pensonnaires s'étaient égayés une fois de plus dans le parc et le gardien Grododu les traquait un à un pour les ramener au bercail.

L'Orquidé se voyant seul trouva plus amusant d'aller lui aussi goûter le bon air de la campagne, et pourquoi pas de la vaste campagne qui lui rappellerait des souvenirs d'autrefois lorsqu'après des batailles épiques il batifolait dans les champs et ramassait les fleurs sauvages qui lui permettaient plus tard de fabriquer ses petites potions.

Le soir tombait et il évita soigneusement Grododu chaque fois qu'il l'apercevait sa longue silhouette ou entendait son sifflottement innocent.

Ses pérégrinations désordonnées le menèrent plusieurs fois à la maison du gardien, que ce dernier désertait chaque fois que les pensionnaires tentaient de se faire la malle. Au ennième passage devant la porte, l'Orquidé décida d’y jeter un œil, en quête de quelque confiserie ou objet de valeur.
Il n'était pas très doué pour crocheter les serrures. Privilégiant  l'efficacité, il brisa une vitre d'un coup de poing fort bien ajusté. La vitre céda sans faire trop de bruit et l'Orquidé se glissait bientôt dans une pièce cossue et encombrée, où tout invitait au confort.
Divers bibelots représentatifs de cultures variées étaient rassemblés dans une minutieuse collection, davantage de livres qu’il ne pourrait jamais en lire étaient rangés avec soin dans une imposante bibliothèque et disposés autour de la cheminée. Des meubles d'un goût exquis supportaient des tentures, napperons et lampes à huile ouvragées. Un fauteuil en cuir de bonne taille lui tendait même les bras.
Tout était calme, luxe et volupté.

Cela ne convenait pas du tout à l'Orquidé qui fit rapidement quelques modifications.
Briser une chaise lui fournit du petit bois, un épais volume lui servit à allumer dans l’âtre un joyeux foyer dont la gourmandise sans fin semblait demander le sacrifice des livres les uns après les autres.
Las de jeter des ouvrages dans les flammes, l'Orquidé fit basculer directement la bibliothèque qui s'effondra et se brisa en morceaux, révélant ainsi qu'elle n'était pas si d'un goût exquis qu'elle en avait l'air et qu'en outre elle ne servait qu'à masquer une cavité creusée directement dans le mur de pierre. L'Orquidé y découvrit un sachet... un gros sachet... plusieurs sachets... de ce qui ressemblait à du sucre. Il en prit un mais son naturel délicat revint au galop et il perça les autres pendant son examen, répandant les petits cristaux un peu partout.  
Néanmois, et comme il n'avait pas grand chose d'autre à faire, il s’installa confortablement dans le fauteuil en cuir, avalant les cristaux sucrés couleur de lune comme on enfile les perles tout en regardant l’incendie littéraire déborder de la cheminée.

Le sucre de lune a des effets lénifiants. Conjugué à la douce chaleur de l'âtre, il assoupit l'Orquidé.

 

Chapitre suivant...

 

 



01-07-2010 | 232 vues

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