Les Histoires de Cérédys

14. Se souvenir de Soisson bis

 

 

Iannanis poursuivait sa passionnante lecture :

Tenant compte de l'avis du Marquis, je décidai d'incinérer ma mère et de conserver ses cendres dans ce vase qu'elle aimait tant, et que j'avais fabriqué de mes blanches mains quelques week-end auparavant au club de poterie...
"Fait chier, fait chier, fait chier", fit Iannanis. Elle feuilleta quelques pages et s'arrêta plus loin, au chapitre Le Lapin était toujours vivant. Elle y apprit que la voix intérieure qui avait saisi la mère de Soisson s'était emparée du vase et proclamait à tout va "Souviens-toi du Lapin, Soisson!"
Elle ne cessa ses jérémiades qu'à la nuit où le Lapin apparut à la porte du pauvre homme et lui fit force clins d'oreilles pour l'inviter à le suivre.
Soisson était Gardien d'Oscillococcynum-Aatch'haaa depuis plusieurs mois déjà, mais l'idée d'une nouvelle escapade nocturne dans les jardins du domaine ne le rassurait que moyennement, d'autant plus que le Marquis lui paraissait trop aimable pour être honnête, et que depuis quelque temps il avait un comportement étrange, que vraiment il sentait mauvais et recevait régulièrement la visite d'un drôle d'acolyte, un certain Rondudo.
Il n'aurait pas aimé les croiser la nuit au détour d'un bosquet.
C'est pourtant ce qui arriva lorsqu'il suivit le Lapin. Ils avaient même un nouveau compagnon, dans lequel Soisson reconnut un des invités des soirées du Marquis : le Père Supérieur Pouss'Toah'Dlah Keujmimeth.
"Que faites-vous là mon brave ?"demanda en riant l'invité, car il se tordait de rire.
"Je suis le lap... je...je fais la tournée du jardin pour m'assurer qu'il n'y a pas d'intrus... Vous savez, les lapins de concours de Monsieur le Marquis sont très convoités"
Le Marquis ne dit rien et regarda fixement Soisson. L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
Soisson frissonna. Le lapin avait disparu dans un fourré.
Le lendemain, on apprit la disparition d'un invité du Marquis, Pouss'Toah'Dlah Keujmimeth, et le lapin revint à la nuit tombée. Cette fois il mena le Gardien jusqu'à son clapier, dont il ouvrit le double fond, et désigna une clé qui y était cachée. Soisson prit la clé, se retourna et se trouva nez à nez avec Rondudo.
"Je nourrissais les lapins"
Rondudo ne dit rien et le regarda fixement. L'oeil était dans la tombe et regardait toujours Caïn.
"Qu'est-ce qu'il sent mauvais lui aussi" pensa Soisson.
Un peu plus loin, Iannanis lut qu'il avait découvert l'entrée d'un lieu étrange au fond du jardin près d'un antique lavoir, entouré d'une végétation très dense qui ne laissait pas même passer la lumière du jour et d'où provenaient des bruits bizarres. Il en avait parlé à un type très sympa au bar du coin, et s'apprêtait à explorer le mystèrieux endroit, dans l'idée de découvrir des choses compromettantes pour le Marquis et de le faire chanter.
Le manuscrit se terminait là, sur un Aaarrrgh...

A ce moment, Iannanis perçut un drôle de bruit, des morceaux de suie tombèrent dans la cheminée, suivis de près pas une boule de poils grisâtre, habillée en rouge.
"PETARD, CA BRÛLE !"hurla la chose.

Iannanis regarda...fixement le lapin habillé en Père-Noël.
"Fais pas attention à la couleur, propre je suis blanc."
Mais Iannanis ne répondait rien...
"Le costume ? T'as déjà vu un lapin passer par la cheminée, toi ? Non. Le Père-Noël c'est pour l'incognito."
"Forcément"
"Bon alors, tu me suis (de cheminée! Ah! Ah! Ah!) ?"

"Génial. Un lapin qui fait des calembours."
Et Iannanis suivit le lapin hors de la maison du Gardien.

 

Chapitre suivant...



02-07-2010 | 192 vues

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