16. Quomment feut trové li roy des Andouilles
Iannanis et son lapin s'engouffrèrent dans l'ouverture qu'ils venaient de pratiquer, et au prix de quelques acrobaties, ils se laissèrent glisser sur le sol d'un long couloir. La violente odeur de moisissure suitant le long des murs les saisit à la gorge. L'air était rare dans ce couloir qui s'enfonçait dans les profondeurs, la mousse des parois étouffait le bruit que font les gouttes d'eau en tombant, et les pas de Iannanis.
"C'est sûr, maintenant, mes chaussures sont vraiment niquées !" fit-elle avec un petit air agacé.
Le lapin, échaudé par sa récente mésaventure, se tenait coi, et s'il n'avait pas agité régulièrement ses oreilles, on eût pu croire qu'il dormait.
A mesure de leur progression dans l'étroit couloir, le passage s'élargissait, la mousse disparaissait, une lueur rouge et bleue plus intense semblait émaner des parois, et la nature de l'odeur changeait sensiblement.
"C'est curieux" fit le lapin, "j'ai envie de saucisson."
Il franchirent une lourde porte restée entrouverte et pénétrèrent dans une pièce carrée, relativement vaste, au milieu de laquelle pendait une grande banderole colorée, illuminée par des braséros :
"Nobles visiteuses et visiteurs, bienvenus au sanctuaire de Céparhissilassorti-Poilau, anciennement Héparlallentrée-Poilaunez. Le sens de la visite est indiqué par la flèche ci-dessous."
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En effet, une flèche indiquait un couloir sur la droite. D'après le plan que Iannanis avait trouvé chez le directeur, c'était d'ailleurs le seul chemin possible vers le centre du sanctuaire.
Un lèger courant d'air amena une effluve plus puissante aux narines de nos deux héros :
"Quelle drôle d'odeur..."
"Ca sent le barbecue", ne put s'empêcher d'ajouter le lapin.
Ils remarquèrent des morceaux de charbon et de bois noircis par quelque feu. Soudain, le regard de Iannanis fut irrésistiblement attiré par un coffret reposant sur une grosse pierre taillée, sous la banderole. Elle ne put y tenir :
Que vois-je là ? D'où ce riche coffret peut-il venir ?
Je n'ose y toucher... et pourtant, voici la clé, je crois...
Si je l'ouvrais...ma main tremble, pourquoi ?
Je ne fais, en l'ouvrant, rien de mal, je suppose...
Oh Dieux ! Que de bijoux !
Est-ce un rêve charmant qui m'éblouit, ou si je veille ?
Mes yeux n'ont jamais vu de richeeses pareilles !
Le lapin agita davantage les oreilles comme s'il voulait parler. Mais Iannanis était lancée :
Si j'osais, seulement,
Me parer un moment,
De ces pendants d'oreilles...
Ah ! Voici justement, au fond de la cassette
Un miroir ! Comment n'être pas coquette ?
Comment n'être pas coquette ?
Comme elle s'emballait de plus en plus, le lapin intervint :
"Eh ! Iannanis !"
"Mais c'est mon grand succès !" répliqua celle-ci avec exaltation, avant d'enchaîner :
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
Je ris de me voir si belle en ce mi...
Elle fut brusquement interrompue par le claquement sec de la parte par laquelle ils étaient entrés, et qui venait de se refermer.
Furieuse d'avoir été coupée dans son élan, alors qu'elle venait de réussir brillamment tous ses aigus et que la suite était encore plus prometteuse, Iannanis se retourna et aboya d'un ton aigre :
"QUI OSE... !"
Mais la surprise la cloua sur place et l'empêcha d'achever :
"Droldegus, mon porteur !"
Le lapin, était encore plus étonné :
"Le gardien Rondudo !"
Le nouvel arrivant émit un rire de satisfaction :
"Ah! Ah! Ah! Ces chanteuses, c'est tellement facile de les appâter! Eh oui ! Vous m'avez reconnu ! C'est moi Droldegus, alias Rondudo, le Roi des Andouilles Daédriques, et aucun intrus ne sortira vivant d'ici, ah! Ah! Ah! Race andouillique ! Débarrassez-moi d'eux !"
Aussitôt, une nuées d'andouilles, andouillettes, saucisses, saucissons et autres du même acabit, vint se grouper en bondissant autour de Rondudo-Droldegus, en laissant échapper des grognements menaçants.
Je laisse au lecteur le soin d'apprècier la délicatesse de la situation.
