Les Histoires de Cérédys

17. De la bataille horrificque contre les Andouilles et ce qui s'ensuivit

 


 

 

Iannanis ne perdit pas le nord, d'ailleurs elle prit une autre direction, la seule possible depuis que le passage par lequel elle avait fait son entrée était fermé. Le lapin bondit hors du sac et la devança, glissa dans de la bouillie de grenouilles _ arrivée là sans doute par le lavoir _  fit un dérapage incontrôlé qui le propulsa par-dessus un nénuphar daédrique (on trouvait vraiment n'importe quoi dans ces couloirs !) et le fit atterrir dans une nouvelle pièce qui servait apparemment de garde-boire, vu la quantité de bouteilles qui s'y trouvait.
Iannanis suivit sensiblement le même chemin, évita par un grâcieux glissé-jeté la bouillie de grenouilles, franchit le nénuphar dans un saut non moins grâcieux et rejoignit le lapin.
Comme les Andouilles les serraient de près elle les harangua :
" Noble race andouillicque ! Estes par vostre maistre trompéz ! Il vous réserve pour ses banquets de Mardi-Gras (je le sais, il m'a invitée) ! Libérez-vous !"
A ce mot un gros cervelat saulvage et farfelu, anticipant l'attaque du bataillon, la voulut saisir à la gorge.
"Par ma discographie ! Point n'y entreras si ce n'est en rondelles !"
Iannanis dégaina ses plumes daédriques, les assembla, leva sa nouvelle lame et trancha le cervelat en deux pièces : qu'il était gras ! Il lui rappela cestui qui à Marignan fut tué, à la défaite des Saulcisses. Croyez qu'il n'avait guère moins de 4 doigts de lard dans le ventre.
A ce haut fait, Droldegus croit perdre la raison :
" Andouilles, saisissez-les ! Etouffez-les, tuez-les, faisons-en de la chair à saucisses, brûlons-les et dispersons leurs cendres !"
Devant cette horrificque perspective, la bardesse s'écrie :
"Andouilles, écartez-vous ! Car devant que de nous saisir, vous l'aurez payé cher !"
Sur ce, elle en embroche 14 d'un coup, ce qui fait reculer les autres et permet à la demoiselle de se replacer à l'entrée du couloir, où le passage est étroit. Car dans cette tour ils sont enfermés, et les Andouilles, ces canailles enragées, les assaillent sans perdre un instant. Elles sont orgueilleuses et farouches. Elles attaquent par centaines et par milliers. Nos héros se défendent comme gentils chevaliers. Le lapin trépigne :
"Cent trente-huit, cent trente-neuf, quarante !"
Droldegus est furieux :
"Sus mes braves ! Celle qui me prendra Iannanis la Barde, je la ferai échansonne à ma table et lui donnerai mes trésors !"
Les Andouilles redoublent d'ardeur. Iannanis taille dans le gras, et même la saucisse sèche. Le lapin trépigne de plus belle :
"...neuf cent quatrevingt-dix-neuf, MILLE ! Ca s'arrose !"

Et il avale le contenu d'un vieux cognac de Dagoth qui traînait par là, avec quelques pots de vin.
Une Andouille approchée trop près tombe en deux moitiés sur le sol de la salle, une autre est fendue de la tête aux pieds et laisse échapper ses tripes à terre.
"... Quarante douze, hips..., Vingt-trois-mille-six-cent-quarante cinq, hé ! J'peux pas suivre !"
Des éclats d'Andouilles volent dans l'air. Es unes, Iannanis écrabouille la cervelle, ès autres rompt bras et jambes, ès autres déloche les spondyles.
"... Soixante-dix-mille-huit-cent-vingt-neuf, quatrevingt-mille, cent-trente-six-mille allumettes... Mais qu'est-ce que je dis ?" continue le lapin qui tient la comptabilité.
Iannanis démoulait les reins, avalait le nez, pochait les yeux, fendait les mandibules, enfonçait les dents, décroulait les omoplates, sphacelait les grèves, dégondait les ischies, débezillait les faucilles.
" 123 560 753..."
Elle choquait, pinçait, lardait, tenaillait, vrillait, tournait, rôtissait, tranchait, poussait, taillait, découpait, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus une seule entière. Le lapin hurlait d'ivresse :
"RECORD PULVERISE ! RECORD PULVERISE !"
Droldegus/Rondudo, enragé par la perte de ses Andouilles s'avançait la lance au poing, prêt à embrocher Iannanis. Mais celle-ci était un peu lasse et n'avait plus envie de lever le bras. Elle lança à son adresse :
"Y'a du boulot
 à Bilbao
 il y  fait chaud
 mais c'est très beau
 à Bilbao"
(musique et paroles sont une marque déposée par les Temperamens-Variations)
Droldegus fut téleporté sur les plages de Bilbao; il parait qu'il s'y trouverait encore à vendre des esquimos et des beignets qu'il transporte dans une grande glacière. D'autres prétendent l'avoir reconnu au musée Guguenheim déguisé en danseuse basque entre deux Dali, mais les gens racontent parfois n'importe quoi. 
La bardesse alla s'asseoir un instant dans un coin resté propre et soupira :
"Dis-moi, lapin, ça ne t'a pas donné faim ?"
 
 
Chapitre suivant...


07-07-2010 | 270 vues

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