18. Quand un lapin est un canard
Pendant que le lapin explorait le sol couvert d'andouilles sur qui tombait la nuit, s'affairait à la fabrication de brochettes et se mettait en devoir de les faire cuire, Iannanis examina soigneusement la salle afin de trouver une issue autre que le chemin par lequel ils étaient arrivés. Le lapin dut profiter de l'occasion pour vider à nouveau de vieux pots de vin, car il se mit à chanter à tue-tête :
"UNE POULE SUR UN MUR
QUI PICOTE DU PAIN DUR
PICOTI, PICOTA, LEVE LA QUEUE ET PUIS S'EN VA ! AH AH AH !"
Ca ne fit pas rire du tout Iannanis, surtout quand elle le vit essayer de picoter un mur en faisant cot cot cot. A l'instant où elle voulut l'attraper pour le faire taire et le remettre à la cuisine, il enfonça sa patte dans la paroi en rigolant :
"Regarde ! Y'a écrit "appuyez là" et j'appuie, hi, hi, hi !"
Aussitôt, une trappe s'ouvrit et notre bardesse tomba dans le trou. Le lapin interloqué s'immobilisa. Il s'avança prudemment au bord et demanda :
"Youhou ? Iannanis ?"
Mais Iannanis ne répondit pas. Elle continuait sa chute vertigineuse...jusqu'à ce qu'elle se rattrape de justesse à une excroissance de plafond qui devait se trouver là par un pur caprice d'architecte, merci l'architecte.
Il était temps.
"Non mais quel c...anard, ce lapin !"
Elle se balançait au-dessus d'une vaste salle qu'elle identifia comme le coeur du sanctuaire grâce à la statue de Shéogorath qui en occupait le centre.
"Zen, Iannanis, zen."
Des petits tas d'os parsemaient le sol. Enfin, vus de haut ils paraissaient petits. Une odeur insoutenable de pourriture parvenait à ses narines, et à un bout de la salle, derrière la statue du dieu, trois personnages étranges dansaient lentement autour de deux autres attachés au milieu d'une large table ronde.
Mais ce qui intéressait surtout Iannanis, c'était de savoir comment elle parviendrait jusqu'à la statue, pour s'emparer de la barbe sans se faire remarquer. Un long cri lui glaça le sang :
"Oléééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééé !"
Le lapin arrivait. Elle le rattrapa par les oreilles. Elle n'était plus suspendue que par une seule main. Les trois danseurs eurent une hésitation et regardèrent autour d'eux.
"Aïeuu ! Les oreilles ! elles m'ont coûté les yeux des fesses et la peau de la tête à la chirurgie esthétique !"
"Ah bon ? C'est même pas des vraies ?"
Le lapin écarquilla les yeux :
"Oh ! le Marquis d'Oscilloccynum-Aatch'haaa ! Le Père Supérieur Pouss'Toah' Dlah Keujmimeth ! La liche Keskipu-Selboucq ! Ils sentent encore plus mauvais que la dernière fois !"
"Chut !" fit Iannanis d'un ton impérieux. Car peu lui importait : elle réfléchissait à nouveau, difficilement car la position était décidément malaisée à tenir.
"Dis-donc, lapin !" chuchota-t-elle, "puisque tu me parais en verve, si tu allais distraire ces trois éminents personnages pendant que je vais prendre la barbe de Shéogorath ?"
"Super ! J'ai toujours rêvé de monter sur une scène et de faire un discours !"
Elle lâcha le lapin qui tomba dans un tas d'os à grand fracas, mais ça ne parut pas perturber les danseurs. L'animal, s'extirpa du tas en brandissant un crâne d'un air triomphant :
"REGARDE CE QUE J'AI TROUVE !"
Cette fois, la liche Keskipu-Selboucq interrompit ses acolytes.
Le lapin se cacha dans le crâne et se dirigea vers eux.
Iannanis soupira, en pensant qu'elle avait eu une excellent idée de mettre sa combinaison de camouflage :
"Je suis épuisée !"
Elle s'accrocha plus fermement au plafond.
"Bon. C'est pas tout ça, mais j'ai une barbe à récupèrer à présent."
