Prélude
Que la lumière d'Aonir soit sur toi, Voyageur. Arrête-toi un instant et écoute l'histoire que je vais te raconter, la folie d'une poignée d'êtres vivants qui ont voulu égaler les dieux. Moi, Rohen, je te le dis en vérité car il fut un jour où j'ai fait partie de cette poignée. J'étais un Mage du Cercle, un des Treize, un des plus puissants, je commandais aux Eléments, au feu, à la glace, à l'air, à la pierre et aucune force n'était capable de me résister. J'avais appris à me glisser dans les failles du temps, voyant des morceaux d'avenir et anticipant dans les innombrables combats qui m'opposaient à mes frères. J'étais craint et respecté. Jalousé aussi. L'orgueil et l'avidité infinis des Mages du Cercle les avait rendus les plus envieux des êtres vivants.
La Création du Cercle n'a jamais répondu aux nobles buts affichés : ramener la paix dans le monde d'Eo, contrôler la magie, empêcher son usage irraisonné et sacrilège dont les effets eurent été dévastateurs, et former pour cela des apprentis sages et éclairés, aussi éclairés que leurs maîtres.
Chimères que tout cela !
Le Cercle fut une création de circonstances : les Mages dans leur désir de puissance avaient excité et poussé peuples et nations à la guerre, inventant mille prétextes, soufflant la discorde, attisant la haine et l'envie, suscitant le désir de vengeance et la peur. Les dieux savent pourtant que les êtres vivants n'ont pas besoin de cela !
Les guerres furent sanglantes et dévastatrices, mais aucun Mage ne put se targuer d'avoir le dessus sur un autre : la bataille remportée un jour était perdue le lendemain.
Se voyant dépenser une énergie folle à de vains combats dont le bénéfice demeurait incertain, ils décidèrent que les plus puissants d'entre eux s'allieraient et formeraient une confrérie destinée à régner sur le Monde d'Eo. S'ils ne pouvaient se vaincre les uns les autres, du moins pourraient-ils se surveiller étroitement et empêcher d'autres de s'élever aussi haut qu'eux-même. Les royaumes et empires humains seraient à leur botte et écouteraient leurs conseils. Les Royaumes Nains ne feraient pas autrement, ni les Elfes _ ceux de la Lumière et ceux de l'Ombre. Les races Orques se soumettraient à leur tour.
Aucun empire, aucun royaume, aucune race n'était plus en mesure de s'opposer à la volonté du Cercle, qui promettait la paix et la recontruction des terres ravagées par des années de guerres sanglantes.
Le Cercle tenait son assemblée dans une haute tour dominant la cité de Mulandir, érigée par un de ses membres, le grand et puissant Nain Isgrimm. Un jour, ils reçurent la visite d'un pélerin qui se prétendait messager des dieux. En vérité, il l'était, car tous pouvaient sentir la puissance qui émanait de cet être d'apparence commune, drapé dans un manteau de simple bure et tenant à la main un vulgaire baton de bois. La puissance véritable n'a pas besoin de masque brillant ni de robes chamarées. Elle n'a rien à prouver. Le pélerin enseigna aux Mages un rituel qui devait donner à l'un d'entre eux le contrôle absolu du Feu Eternel, principe de toute puissance et de toute vie. Ce rituel était appelé la Convocation, il ouvrirait une ère de Cinq cents ans. Cinq cents ans, c'était le temps qu'il faudrait avant l'arrivée d'un nouveau Rôdeur des Ténèbres qui accorderait à un autre Mage la puissance de la Convocation.
Le pèlerin laissa aux Mages un livre unique, le Livre de la Convocation. Il laissa aussi dans le coeur de chacun d'eux le désir d'être l'Elu de la Convocation et la certitude d'être plus sage que les autres et de faire un meilleur usage de la toute-puissance qui lui serait conférée.
Chaque mage en secret créa ses propres armées. La belle alliance de façade vola en éclats à l'approche de la Première Convocation et une guerre impitoyable fut déclenchée tandis que chaque Mage préparait de son côté le rituel à son bénéfice.
Un seul d'entre eux avait ouvert le Livre de la Convocation. Il n'y trouva rien, que des pages vides ou illisibles. Les dieux s'étaient joués de nous.
Les autres Mages ne l'écoutèrent pas et l'accusèrent de vouloir en garder les secrets pour lui seul. Le Rôdeur des Ténèbres apparut dans le ciel, laissant derrière lui une immense traînée de poussière scintillante. En haut de la Tour des Treize, à Mulandir, le mage qui tenait le livre voulut frapper le Rôdeur. Mais il fut arrêté par un autre Mage, le Sombre, qui engagea le combat.
La terre trembla : chaque Mage avait commencé le rituel. Les puissances ainsi libérées fendirent la terre, des colonnes de feu et de cendres s'élancèrent vers les cieux, l'eau des océans se mit à bouillir, la roche s'ouvrit, les montagnes s'écroulèrent et d'autres surgirent dans un fracas épouvantable. Cela dura une nuit et un jour entier et encore une nuit.
A l'aube du deuxième jour, le monde d'Eo n'était plus. Il n'en restait que des fragments épars et les êtres vivants comptaient leur morts. Le Cercle était anéanti. Mais à quel prix ?
J'ai survécu.
J'ai consacré le reste de ma vie à la reconstruction des fragments d'Eo, érigeant des portails magiques pour relier les fragments entre eux, j'ai rassemblé des hommes de bonne volonté pour m'aider dans ma tâche. J'ai fondé un ordre de paladins, l'Ordre de l'Aube, dont la mission est d'assurer la paix et la cohésion de ce qui reste d'Eo. Presque une génération a passé depuis la Guerre de la Convocation et je vieillis.
Mais aujourd'hui est un sombre jour. Tous les Mages du Cercle ne sont pas morts et il semble que mon passé me rattrape à grands pas.

Commentaires
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le 19-07-2010 à 10:53:35
Cette histoire étrange est à la fois captivante et inquiétante. Personnellement, je n'aimerais pas tellement me retrouver nez à nez avec ce genre de personnage !
Je te souhaite une bonne soirée et une bonne semaine encore très ensoleillée.
Amitiés,
Mathilde
le 20-07-2010 à 09:10:57
En effet j'essaye de donner une tonalité assez sombre à l'ensemble, pour contraster avec les moments qui le seront beaucoup moins ! En outre, je dois donner vie et chair au sens propre à des personnages qui en sont totalement dénué par définition dans un jeu vidéo !
Très bon été à toi